|
17.
<<LA PLUME DANS LE VENT OU LE VOYAGE DE LA VIE. POE...>>
(1)
|
INTRODUCTION
Sur
le sol battu d’une basse-cour, entre une coquille d’oeuf
et une feuille de radis, auprès de la moitié d’assiette
où buvaient les poules et à quelque deux pouces du sisymbre
qui avait poussé là sans demander la permission à
personne, gisait une petite plume toute légère, tombée,
semble-t-il, du cou de certaine pigeonne voisine, qui dix minutes
auparavant s’était laissée caresser, oh condescendance
féminine! par un Don Juan qui faisait des ravages sur les toits
des alentours.
La cour était triste, laide et solitaire. Depuis l’endroit
où était la plume, on ne voyait rien d’autre que
la tête de quelques châtaigniers plantés à
l’extérieur du mur de clôture; le clocher de l’église,
avec sa pointe bosselée, à la façon d’un
vieux chapeau; le tronc énorme et terni d’un peuplier
invalide et presque moribond, et les tuiles de la maison d’à
côté qui, les jours de tempête, arrosaient de larmes
abondantes la cour et le jardin. La vigne, le rosier grimpant et le
chèvrefeuille couvraient à peine, à eux trois,
toute la longueur du mur de clôture, hérissé de
morceaux de verre sur sa partie supérieure, et qui servait
de rempart infranchissable contre les renards et les jeunes enfants.
Le paysage se réduisait à cela, hormis le ciel immense
et toujours beau, aussi splendide pendant le jour qu’imposant
et mystérieux pendant la nuit.
La plume (pourquoi ne lui donnerions-nous pas de vie?) gisait comme
nous l’avons dit, en compagnie de plusieurs objets passablement
répugnants typiques de cet endroit, et constamment exposée
à être piétinée par les pattes barbares
des oies, des poules et même d’autres vilains animaux,
moins propres et moins présentables, qui avaient leur résidence
dans quelque bourbier voisin.
Pierre Audureau, (Profesor de Lengua y Literatura
española, Breissure)
Benoît Vieillard (Ilustrador)
----------------------------------------------------------
(1)
Pardon, oh lecteur! J’allais commettre l’irrévérence
d’appeler ceci Poème. |